Le Caire : Un an plus tard

En juillet 2016, je suis allé au Caire rendre visite à une amie proche qui habite là-bas. C’était la tout première fois que je me suis rendu en Égypte, et bien que j’aie beaucoup aimé mon séjour au Caire, je ressentais une tristesse profonde et tenace pendant que j’étais là.

Permettez-moi de m’expliquer. Le Caire est, parmi tous les grandes métropoles que j’ai connues au cours de ma vie (leur situation étant tout à fait différente vis-à-vis des petits hameaux et villages qui souffrent partout), la seule qui avait l’air délabrée – où on pouvait à juste titre croire que le monde d’antan était mieux que celui du présent.

Pour comprendre pourquoi le Caire m’a donné une telle impression, il suffit d’examiner la manière sordide dont l’Égypte prend soin, ou, plus spécifiquement, la manière dont l’Égypte ne prend pas du tout soin de son patrimoine culturel et historique. Un matin, je suis allé avec mon amie et son frère au Musée égyptien. J’ai été horrifié et scandalisé par ce que j’ai vu dedans. Le musée est bien évidemment comblé de objets antiques remontant à l’époque où l’Égypte était l’un des premiers berceaux de la civilisation. Mais le bâtiment était sale et très mal entretenu. À part certaines pièces, dont celle qui contient le masque funéraire de Toutânkhamon, il n’y avait même pas de climatisation. Il semble parfois qu’on avait entassé ces objets d’une valeur inestimable dans des vitrines pour qu’ils pourrissent au ralenti. (Et bien sûr, tout le monde s’en fichait si des gamins touchaient les grandes statues dans le hall principal.)

Si jamais vous visitez les pyramides de Giza, servez-vous des écailles qui tombent de leurs façades. Non seulement personne ne vous en empêchera pas, mais franchement il vaut mieux faucher un petit morceau. Pourquoi ? Sinon, les balayeurs viendront les ramasser avec les autres déchets qu’ils trouvent par terre. Oui, oui, vous avez bien compris – il y a des fragments des pyramides dans les déchetteries du Caire. Il est bien préférable qu’ils soient sur votre bureau.

Si vous pensez que les Égyptiens soigneraient mieux leur patrimoine islamique, détrompez-vous. Les mosquées et les autres monuments qui s’égrènent tout au long de la rue al-Muizz, une des plus fameuses rues du Caire, se trouve dans un état de délabrement. On dirait que le gouvernement les a laissés à l’abandon.

Ce problème ne concerne pas uniquement les sites historiques de la ville – cet effondrement de la ville est visible dans chaque quartier de la ville. Je pense surtout au quartier au centre de la ville qui était inspiré par l’architecture de la Belle Époque, qui était censé être un quartier de luxe, plein de magasins haut de gamme et d’appartements pour l’élite égyptienne. Aujourd’hui, les façades sont recouvertes de suie, et les devantures montrent un large éventail de magasins kitsch. On sent la dégradation d’un pays entier dans l’air. On voit un pays dont l’entrée dans la modernité était ratée.

L’histoire de l’Égypte contemporaine est jalonnée de lueurs d’espoir qui finissent toujours par se solder par un échec. L’Égypte est un pays qui, après avoir subi l’invasion française menée par Napoléon Bonaparte en 1798, a toujours essayé de rattraper son retard sans jamais pouvoir y parvenir. Les campagnes de modernisation sous la dynastie de Méhémet Ali ont fini avec une crise du crédit qui ont transformé le pays en protectorat britannique. Les politiques économiques de Gamal Abdel Nasser, le héros du nationalisme arabe qui a renversé la monarchie soutenue par les puissances occidentales, ne sont également pas parvenu à faire de l’Égypte une puissance économique mondiale, mais plutôt ont enlisé le pays dans la stagnation économique. À la suite de cet échec, son successeur, Anwar Sadat, s’est vu obligé de libéraliser l’économique. Bien que son infitah (ouverture) économique ait arrêté l’hémorragie, la libéralisation n’a fait qu’élargir le fossé qui se creusait entre les prospères – qui se réfugient dans des quartiers résidentiels tous neufs bien à l’abri de la racaille – et la grande majorité des Égyptiens qui vivent dans la misère. La corruption est devenue endémique, et les promesses du gouvernement se sont avérées creuses. Il y a un certain fatalisme cynique qui définit les Égyptiens aujourd’hui. Le succès initial de la révolution de 2011 les a fait sortir de leur complaisance, mais l’échec subséquent de la révolution n’a fait que renforcer le sentiment que, comme a supposément dit l’ancien premier ministre et révolutionnaire Sa’d Zaghlûl, “mafich fayda” – il n’y a pas de solution. Aujourd’hui, on sent que l’Égypte est embourbé dans un gouffre dont le pays n’échappera pas. La corruption, le délabrement, l’injustice, et le désespoir définissent l’Égypte contemporaine. Et les défauts, les inégalités, et les échecs de l’Égypte sautent aux yeux de quiconque s’y rend. On comprend facilement pourquoi presque la moitié de la jeunesse égyptienne veut quitter le pays pour chercher une vie meilleure à l’étranger.

La France ne tourne pas le dos au monde

La victoire du néophyte politique Emmanuel Macron le 7 mai à l’élection présidentielle face à Marine Le Pen était un véritable tremblement de terre politique. Depuis la victoire surprise du « oui » au référendum sur le Brexit en juin dernier, on assiste à la montée quasi-imparable de l’extrême droite en Occident, dont l’apogée est la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américain en novembre. Surtout après cette lourde défaite pour les valeurs que défendaient autrefois les États-Unis, on craint que cette vague populiste ne se reproduise en France, qui allait tenir ses propres élections présidentielle et législatives plusieurs mois plus tard. Une vague qui a fini par glisser sur la France, qui a plutôt choisi de faire barrage à la peur, à la haine, et à la xénophobie.

Soyons clairs : le ras-le-bol qui a produit Trump et le Brexit n’est pas étranger aux Français. Au premier tour de l’élection présidentielle française, les candidats méfiants de l’Europe, de l’OTAN, et de la mondialisation ont failli recueillir la moitié des suffrages exprimés. Même la coqueluche de l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui se revendique internationaliste, serait l’allié proche du Front national sur bon nombre de questions, dont l’Union européenne et l’OTAN. L’isolationnisme xénophobe est en marche partout en Occident, en France et ailleurs. Mais l’espoir est lui aussi en marche. Et Emmanuel Macron peut être l’incarnation d’un renouvellement du projet européen et du projet mondialiste. Mais contrairement à ce qui s’est passé aux États-Unis, les forces qui sèment la peur et la division ont échoué en France.

Tout d’abord, les dirigeants des principaux partis ont choisi la prudence, et non pas la reddition aux forces de la démagogie en soutenant le seul candidat qui défendrait les valeurs de la République. (Mélenchon, un indécrottable utopique qui a du mal à faire la distinction entre le médiocre et le périlleux, a honteusement manqué à son devoir en ne pas apportant son soutien à Macron au deuxième tour.) Le Parti républicain aux États-Unis, qui a depuis longtemps renoncé à tout semblant de moralité, a encouragé de son plein gré la candidature de quelqu’un qui est exactement le contraire de ce qu’il prétend être.

Deuxièmement, l’extrême droite française manque un organe médiatique comme Fox News pour répandre des demi-vérités, voire des mensonges qui visent à duper le public. Les organes médiatiques de la droite ont déformé la vérité au point où nous ne partageons plus la même version de ce qui se passe dans le monde. Cette divergence dangereuse rend en effet tout dialogue impossible, à tel point qu’une candidate sensée et raisonnable comme Hillary Clinton ne parvient pas à se faire entendre parmi une marée d’informations mensongères dans presque la moitié de la société américaine.

Heureusement que les Français n’ont pas à subir le délabrement des institutions et des normes démocratiques et libérales qu’on vit maintenant aux États-Unis. Espérons que le quinquennat de Macron réussit et qu’il peut tracer une nouvelle voie à la fois radicale, optimiste, et progressiste pour la France et pour l’Europe. S’il échoue, on ne peut aucunement exclure la possibilité que la grande vendeuse de poudre de perlimpinpin ne revienne pas remporter la prochaine élection présidentielle en 2022.

Tahar Ben Jelloun discute l’homosexualité

L’écrivain marocain d’expression française, Tahar Ben Jelloun, écrit dans une tribune libre que « l’homosexualité n’est pas une maladie, encore moins un crime ; c’est un état de fait objectif ». Ce qui suscitera forcément l’inquiétude chez certains de ses concitoyens marocains.

Ben Jelloun a consacré sa vie à mettre en lumière les lacunes de son pays natal en écrivant sur l’inégalité hommes-femmes ainsi que sur d’autres thèmes (tels que l’identité marocaine, la pauvreté et l’inégalité, la corruption, et la violence au cœur du régime dictatorial du roi Hassan II) dans ses romans. Maintenant, il se prononce de nouveau sur une question très controversée dans le royaume chérifien.

Ben Jelloun a constaté que, puisque l’homosexualité « existe depuis l’aube de l’humanité », il faut que nous lui faisions face, au lieu de continuer à prétendre qu’elle n’existe pas, comme font la plupart des Marocains. Comme il avertit: « Ce n’est pas en fermant les yeux qu’on fera disparaître un problème. » Vu l’existence incontournable de l’homosexualité et des homosexuels, il pose la question: « Alors que faire? Les condamner, les exclure, les exterminer comme avait fait Hitler ? Ou bien admettre leur différence et accepter que si nous nous ressemblons en tant qu’êtres humains, nous sommes aussi tous différents les uns des autres. Chaque être est unique et singulier. Il n’existe pas de par le monde deux êtres identiques. C’est ce que j’apprends aux enfants que je visite dans les écoles. Je leur répète combien la richesse humaine est dans la diversité et que le racisme est ce qui nie cette diversité pour en faire des inégalités: la nature a créé des différences, l’homme en a fait des hiérarchies subjectives, des inégalités. Ceci est valable aussi bien pour la couleur de la peau que pour la tendance sexuelle. »

Les Marocains écouteront-ils le message de Ben Jelloun ? Probablement pas. Mais qu’importe ? Ben Jelloun (ainsi que les romanciers marocains Rachid O. et Abdellah Taïa) a entamé une discussion sur un sujet qui concerne beaucoup de monde mais qui est délibérément ignoré par la plupart de Marocains. Les grands changements sociaux n’arrivent pas tout d’un coup, mais après une long débat au cours duquel beaucoup de gens doivent se faire à quelque chose de nouveau dont personne ne parlait il y a à peine une génération. J’ai vu le début de ce débat quand j’étais au Maroc l’été dernier, et je suis très heureux que Ben Jelloun ait décidé de participer à cette conversation. On espère que ce coup de départ provoquera plus de discussions au Maroc, afin que les avancées que le Maroc a connu sous le règne de Mohammed VI puissent continuer à progresser.

International Group: The Informed Citizens Discussion Group Fall 2016

For my sophomore year of college, I decided to shift from an international book club to a discussion group which focuses on diving into the deep issues of current events, both domestic and foreign.

The Informed Citizens Discussion Group(ICDG) is an organization on campus which organizes small discussion sections to spread awareness and understanding of pressing issues from all around the world.

I was initially attracted to the group because I have a deep-rooted interest in current events and global affairs. Since I was old enough to understand the dynamics of politics and related issues I have been drawn to talking to anyone and everyone about what is occurring in the world. Since starting college and with the introduction to larger classes, there have been less opportunities to sit down and have a discussion with a group of equally invested individuals.

I decided to join the Informed Citizens Discussion Group because I knew of a few other Global Engagement Fellows who were involved in the program and really enjoyed themselves. I signed up for the Wednesday time slot which held a meeting every Wednesday from 4:30-5:20.

The experience was exactly as I have imagined and hoped it would be. Every week I was able to engage in conversations about a wide array of current events. The group gave me another reason to stay up to date with articles and be actively involved in seeking out information about news.

Being the presidential election season, the discussions were definitely interesting, to say the least. I am glad to have been able to be a part of a gathering of students who were each so passionate about what they were discussing. Most of the students held generally liberal views, yet there was a pleasant sprinkling of differing opinions which kept the meetings from becoming an echo-box of reinforcement.

Discussions ranged from talking of Kim Jong-un’s recent theatrics to an in-depth analysis of the Oklahoma state questions which were on the ballot in November. We discussed the human right’s abuses being carried about by Philippine president Rodrigo Duterte, the cabinet appointments that president-elect Donald Trump has been making, the formation and rising prominence of the ‘Alt-Right’, the death and history of Fidel Castro, immigration reform and polarizing issues.

The discussion group taught me to sit and listen rather than thinking of only of what I am going to say next. It was interesting and exciting to sit and listen to 10 different voices and opinions engaging with each other. Some were very conflicting while others were reinforcing and supportive. Being exposed to differing thought processes encouraged me to be introspective, analyzing my own opinions and the reasoning behind them. Surprisingly I found myself taking a different stance on a topic by the end of a discussion session, more than once.

The Informed Citizens Discussion Group gave me a safe spot to engage in serious conversation once a week with no ties to grades or repercussions for having a lack of understanding on a topic.

I look forward to continuing participation in the group for the Spring 2017 semester, especially as the Trump presidency begins to take hold and effect the United States and global community.

Le Front national vaincu au deuxième tour des élections régionales : le meilleur résultat ou le pire pour la France ?

Le FN a subi une lourde défaite dimanche au deuxième tour des élections régionales françaises, ne réussissant pas à remporter aucune assemblée régionale, en dépit d’être arrivé en tête dans six des treize régions métropolitaines juste il y a une semaine. Après les attentats à Paris et son effroyable bilan, le FN a vu une poussée soudaine de soutien qui n’a pas pu, en fin de compte, se convertir en victoire, malgré le succès renversant au premier tour de Marine Le Pen et sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, les deux ayant obtenu plus de 40% des voix exprimées au premier tour.

Néanmoins, certains, moi compris, pensent que le Front national, en échouant, peut revendiquer la victoire. Pourquoi ?

D’abord, les défaites du FN en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, bien qu’ils soient des victoires pour le parti centre-droit du ancien Président Nicolas Sarkozy, ont donné lieu ainsi seulement à cause du retrait des listes socialistes du deuxième tour dans ces régions en faveur des listes Les Républicains.

Les Le Pen avaient la victoire à portée de main, et maintenant elles peuvent prétendre – à juste titre – que les élections leur étaient volées par les partis traditionnels qui se sont alliés afin de refuser le pouvoir au FN.

Ça prête foi à l’accusation de Le Pen que le pouvoir en place fait tout qu’il faut pour protéger son pouvoir tandis que l’économie continue à s’effondrer. Au lieu du changement qui, soutient Le Pen, peut délivrer la France de l’abîme économique dans lequel elle se trouve maintenant, les partis traditionnels sont de mèche afin de garder les politiques échouées du passé.

Avec le pouvoir, vient la responsabilité. Puisque Les Républicains et les socialistes ont barré le chemin au pouvoir pour le FN, les Français ne pourront pas voir les conséquences désastreuses des politiques populistes du FN avant les élections présidentielles en 2017. En faisant échec au FN maintenant, le FN peut continuer à lancer des critiques accablantes aux partis traditionnels, leur attribuant tous les problèmes nationales actuelles, soient économiques ou de la sécurité nationale. Pendant tout ce temps, l’attrait du FN ne s’amoindrira pas à cause du caractère impossible de son programme qui se révélerait s’il avait la possibilité de mettre ses politiques en vigueur dans l’une des régions.

Et il est encore bien possible que nous ne voyions pas les conséquences des politiques isolationnistes et nativistes du FN pour la première fois jusqu’après les prochaines élections présidentielles.

Le Front national vaincu au deuxième tour des élections régionales : le meilleur résultat ou le pire pour la France ?

Le FN a subi une lourde défaite dimanche au deuxième tour des élections régionales françaises, ne réussissant pas à remporter aucune assemblée régionale, en dépit d’être arrivé en tête dans six des treize régions métropolitaines juste il y a une semaine. Après les attentats à Paris et son effroyable bilan, le FN a vu une poussée soudaine de soutien qui n’a pas pu, en fin de compte, se convertir en victoire, malgré le succès renversant au premier tour de Marine Le Pen et sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, les deux ayant obtenu plus de 40% des voix exprimées au premier tour.

Néanmoins, certains, moi compris, pensent que le Front national, en échouant, peut revendiquer la victoire. Pourquoi ?

D’abord, les défaites du FN en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, bien qu’ils soient des victoires pour le parti centre-droit du ancien Président Nicolas Sarkozy, ont donné lieu ainsi seulement à cause du retrait des listes socialistes du deuxième tour dans ces régions en faveur des listes Les Républicains.

Les Le Pen avaient la victoire à portée de main, et maintenant elles peuvent prétendre – à juste titre – que les élections leur étaient volées par les partis traditionnels qui se sont alliés afin de refuser le pouvoir au FN.

Ça prête foi à l’accusation de Le Pen que le pouvoir en place fait tout qu’il faut pour protéger son pouvoir tandis que l’économie continue à s’effondrer. Au lieu du changement qui, soutient Le Pen, peut délivrer la France de l’abîme économique dans lequel elle se trouve maintenant, les partis traditionnels sont de mèche afin de garder les politiques échouées du passé.

Avec le pouvoir, vient la responsabilité. Puisque Les Républicains et les socialistes ont barré le chemin au pouvoir pour le FN, les Français ne pourront pas voir les conséquences désastreuses des politiques populistes du FN avant les élections présidentielles en 2017. En faisant échec au FN maintenant, le FN peut continuer à lancer des critiques accablantes aux partis traditionnels, leur attribuant tous les problèmes nationales actuelles, soient économiques ou de la sécurité nationale. Pendant tout ce temps, l’attrait du FN ne s’amoindrira pas à cause du caractère impossible de son programme qui se révélerait s’il avait la possibilité de mettre ses politiques en vigueur dans l’une des régions.

Et il est encore bien possible que nous ne voyions pas les conséquences des politiques isolationnistes et nativistes du FN pour la première fois jusqu’après les prochaines élections présidentielles.